Article: Le GR738 Belledonne : traversée intégrale d'un massif alpin secret
Le GR738 Belledonne : traversée intégrale d'un massif alpin secret
Il y a des massifs que l'on regarde sans les voir. Belledonne en est l'exemple parfait. Depuis Grenoble, il forme depuis toujours ce mur de crêtes à l'est — présent à chaque fenêtre, chaque matin, chaque lever de soleil. Et pourtant, relativement peu connu en dehors des locaux qui le fréquentent. Pas de tour international, pas de réputation mondiale. Juste soixante kilomètres de granite, de lacs d'altitude et de crêtes exposées, entre Vizille et Aiguebelle.
Le GR738 en est la traversée complète. Et c'est l'un des treks de haute montagne les plus exigeants et les plus beaux des Alpes françaises.
126,6 km d'un seul tenant
Le GR738 relie Vizille, au sud de Grenoble, à Aiguebelle en Savoie — une diagonale vers le nord-est qui couvre l'intégralité du massif de Belledonne. Cent vingt-six virgule six kilomètres. Neuf mille sept cent douze mètres de dénivelé positif. Ces chiffres, secs et précis, ne disent pas encore la nature de ce que l'on traverse.
L'essentiel du parcours se tient entre 2 500 et 2 977 mètres d'altitude. Le Grand Pic de Belledonne, point culminant du massif à 2 977 mètres, constitue le moment fort de la traversée — accessible depuis le Refuge de la Pra ou le Refuge Jean Collet, il récompense l'effort par un panorama qui couvre les Écrins au sud, la Vanoise à l'est, et par temps clair, la silhouette lointaine du Mont-Blanc.
Ce que l'on ne dit pas assez du GR738, c'est que ce n'est pas un itinéraire qui redescend régulièrement vers les vallées. C'est une traversée au sens propre : on entre dans le massif, on reste en hauteur, et l'on ne redescend vraiment qu'à l'autre bout.
L'Échappée Belle, à l'origine du tracé
Le GR738 n'est pas né de rien. Son tracé s'appuie sur celui de l'Échappée Belle, une course de montagne née dans la communauté des trailers isérois et savoyards, qui avait déjà balisé cette traversée nord-sud du massif bien avant que l'IGN et la FFRandonnée ne l'officialisent sous le numéro 738.
L'Échappée Belle propose plusieurs formats — mais c'est sa version intégrale, parcourue dans le sens sud-nord de Vizille à Aiguebelle, qui correspond quasiment kilomètre pour kilomètre au tracé du GR738. Les refuges, les cols, les lacs, les crêtes : l'itinéraire est le même. Ce que les trailers faisaient en quelques jours d'effort intense, les randonneurs le déroulent en 8 à 10 étapes, avec les nuits en refuge et le temps de regarder.
Ce que cette filiation dit du massif, c'est que Belledonne est avant tout un terrain de gens qui le connaissent de l'intérieur. L'Échappée Belle n'a pas cherché à rejoindre un sommet célèbre ou à longer un lac iconique — elle a simplement tracé la ligne la plus directe et la plus haute possible à travers ce massif, du bout au bout. Le GR738 a hérité de cette logique : pas de détour pittoresque, pas de compromis avec l'accessibilité. La crête, du début à la fin.
Refuges et logistique de haute crête
Le GR738 se parcourt généralement en 8 à 10 jours. Le réseau de refuges gardés — Refuge du Pré du Mollard, Refuge de la Pra, Refuge du Crêt du Poulet, Refuge Jean Collet, entre autres — permet de progresser sans tente, à condition de réserver bien en amont en saison. La fenêtre recommandée est juillet-septembre : avant, les névés persistent sur certains passages exposés ; après, les conditions météorologiques se dégradent rapidement sur des crêtes qui n'offrent guère d'abri.
Ce n'est pas l'altitude qui rend ce trek exigeant — Belledonne n'atteint pas les hauteurs des 4 000 m alpins. C'est la succession. Chaque journée apporte ses montées cumulées, ses passages aériens, ses descentes techniques dans un terrain rocheux et peu fréquenté. Les arêtes exposées, les lacets caillouteux, la concentration permanente que requiert un sol instable : le GR738 use différemment d'une randonnée classique. Les marcheurs qui l'ont parcouru décrivent souvent cette traversée comme autant mentale que physique — une ligne que l'on tient du début à la fin, sans raccourci possible.
Il faut être réellement préparé : un bon niveau physique, une expérience de la haute montagne, le matériel adapté aux nuits en refuge et aux variations rapides de météo en altitude. Cela dit, aucun passage ne requiert de technique d'escalade — le GR738 reste une grande randonnée, ambitieuse mais accessible aux marcheurs aguerris.
Belledonne : un massif à lire autrement
La géologie de Belledonne est particulière. C'est l'un des plus vieux massifs cristallins des Alpes : son granite est daté à plus de 300 millions d'années. Contrairement aux massifs calcaires du Vercors ou de la Chartreuse — blancs, dentelés, aériens — Belledonne est fait de matière lourde et sombre, de gneiss et de micaschistes, sculpté par les glaciers en une succession de cirques et de lacs suspendus.
Le lac Blanc, le lac Domenon, le lac du Crozet, le Grand Lac de la Crête du Poulet : le GR738 longe une quinzaine de lacs d'altitude au fil de sa progression. Certains sont d'un bleu-vert presque irréel, creusés dans le granite poli. D'autres, plus sombres, reflètent la couleur de la roche et du ciel selon l'heure. Ces plans d'eau forment autant de jalons dans une traversée qui manque autrement de repères lisibles depuis les crêtes.
C'est précisément ce double caractère — un massif dense, peu découpé, difficile à saisir d'un seul regard — qui en fait un sujet d'illustration topographique aussi intéressant.
Ce que les données révèlent
Quand les données topographiques IGN à 25 mètres de résolution de Belledonne passent par l'algorithme Alta, quelque chose d'inattendu apparaît. Les lignes de niveau Alta qui structurent l'illustration ne ressemblent à aucune autre dans le catalogue : pas la linéarité des crêtes provençales, pas les ondulations du Vercors, pas la verticalité spectaculaire du Mont-Blanc.
Belledonne a ses propres lignes. Parallèles, régulières, serrées dans les zones de forte pente, elles traduisent la géologie d'un massif formé par compression — des couches cristallines empilées pendant des millions d'années, puis sculptées par la glace sur leur axe nord-sud. L'algorithme extrait cette structure et la rend visible sous une forme graphique. Elle était là dans les données ; il s'agissait de la voir.
L'illustration d'Alta couvre l'intégralité du tracé, du versant Grésivaudan jusqu'aux contreforts savoyards. Un cadrage de massif, pas d'un sommet isolé — parce que Belledonne ne se comprend pas à la découpe, mais en entier.
Découvrez l'illustration topographique du massif de Belledonne — GR738.
Un souvenir de traversée
Les randonneurs qui accomplissent le GR738 reviennent souvent avec la même difficulté : comment raconter cette traversée ? Un seul sommet, ça se résume. Dix jours de crête, ça ne se résume pas facilement.
Une illustration topographique répond autrement à cette question. Elle ne montre pas un moment : elle montre un territoire. L'axe nord-sud que vous avez suivi. Les cols que vous avez franchis. Les lacs en contrebas qui brillaient dans le soleil du matin. Le Grand Pic, lisible dans l'accumulation des lignes à l'endroit le plus dense de la composition. C'est la même traversée, lue autrement — depuis au-dessus, dans toute sa continuité.
Pour ceux qui ont fait le GR738, c'est une façon de garder le massif chez eux — pas comme une photo, mais comme une lecture du terrain. Pour ceux qui le préparent, c'est une première approche du relief avant d'y poser les pieds : comprendre la succession des crêtes, les points hauts, les cols où l'on bascule d'un versant à l'autre.
L'illustration est disponible en 30×40 cm et 50×70 cm, imprimée en haute résolution sur papier d'art.